Bulletin n°08 – Jean Mussetta (Cl.132) 1914-1944

Le Bulletin n°08 (Janvier 2009) :

Jean-Pierre (pour l’état civil) ou Jean (prénom usuel) MUSSETTA naît le 26 janvier 1914 à Villeurbanne (Rhône), de parents immigrés italiens, Antonio Guiseppe Guido Mussetta et Maria Gindro.

Il va à l’école primaire de la rue Antoinette, à Montchat, Lyon (3ème), plus proche de son domicile que celle de Villeurbanne, y ayant notamment pour camarade Maurice Soulié (Cl.131) à partir de 1924, tous deux, parmi les meilleurs élèves, obtenant le certificat d’études en 1926. Il entre alors à La Martinière, à Lyon, d’abord en section normale, avant de passer dans la section spéciale préparant aux Arts et Métiers. Mais, et peut-être y eut-il auparavant un obstacle quant à la nationalité, ce n’est qu’en 1932 qu’il passe le concours de cette école et est admis au rang moyen de 36ème sur 82 à Cluny. Mais une fois aux Arts, il donne toute sa mesure puisque, trois ans plus tard, il sort second de sa promotion, médaillé d’argent, derrière l’inamovible major, Henri Prétet. Par ailleurs “excellent camarade, si gai et si serviable”, écrira de lui en janvier 1946 dans un bulletin de promotion son camarade Pierre Bortaud, qui a repris le flambeau de délégué, Jean Mussetta, dit Piaf, avait été élu délégué de sa promotion. Mais c’est une tâche que les circonstances et notamment la guerre l’empêcheront d’exercer.

En sortant des Arts, il a alors 21 ans et demi et doit effectuer son service militaire. Il termine celui-ci en 1937 et passe alors le concours de l’ENSET (Ecole Nationale Supérieure de l’Enseignement Technique), où il est reçu 2ème sur 12 dans la “Section industrielle C : dessin industriel”, appellation un peu réductrice puisque cette section pouvait mener également au professorat de mécanique (cas de Jacques Cliton, Cl.135, ENSET 1938). Il en sort deux ans plus tard. Il passe alors, le lundi 3 juillet 1939, le concours de professeur de mécanique d’école nationale d’Arts et Métiers, où il aurait été admis pour Châlons.

Le 17 août suivant, il épouse Jeanne Brassoni au Creusot, quelques jours avant que les jeunes classes, dont il fait partie, soient mobilisées du fait des menaces de plus en plus graves de guerre avec l’Allemagne, guerre qui sera déclarée le 3 septembre. Il lui est donc impossible d’assurer son poste d’enseignant (l’absence de professeur de mécanique à Châlons est vraisemblablement pour beaucoup dans le fait que seule la promotion 39 y ait effectué la rentrée de septembre 1939, la 38 ayant suivi la 37 à Aix).

Une fois démobilisé, Jean Mussetta et son épouse ne souhaitent pas rejoindre la zone occupée et lui enseigne à La Martinière, à Lyon.

Le 1er novembre 1942, le Journal officiel annonce un concours de recrutement de 5 professeurs de dessin industriel pour les écoles nationales d’Arts et Métiers, le mardi 4 mai 1943 et les jours suivants. Il y a tout lieu de penser qu’il passa et réussit ce concours puisqu’à la rentrée 1943 il arrive à Cluny où il devient “prof de dess” (construction et dessin industriel) en première année des Arts. Ayant laissé femme et enfant à Lyon (ou sa banlieue), où il les rejoignait le week-end, il disposait d’une chambre dans l’Ecole.

Mais le 15 février 1944, cela va être le drame! La veille, le 14, les Allemands avaient encerclé Cluny et procédé à de nombreuses arrestations, puisqu’au total sur les 2 journées il y aura 76 déportations, dont 64 de clunisois(es) et 12 d’étrangers à Cluny. L’après-midi du 15, ils viennent aux Arts et Métiers, fouillent l’école, font sortir des ateliers toutes les personnes présentes, dont les élèves, et les retiennent assez longtemps debout dans le parc, le long de l’école. Ils arrêtent plusieurs personnes dont le directeur Gabriel Lagardelle (qui sera ensuite libéré, mais le sous-directeur Antoine Michel arrêté à sa place), un agent technique, Antoine Guillotin, et un professeur d’anglais, Marie-Louise Zimberlin (elle a en fait été arrêtée à la “Prat’s”, où elle enseignait également, et amenée aux Arts). Jean Mussetta, extrait de sa chambre (ou d’une salle de dessin?) où il corrigeait les dessins de ses élèves, arrive alors et a une attitude quelque peu rétive, ou pouvant paraître telle, puisque ce sera le sentiment de beaucoup d’élèves. Ce fut certainement aussi le sentiment du chef de la Gestapo, puisque Jean Mussetta est frappé, arrêté et déporté à Mauthausen, en Allemagne.

Parmi les 64 déporté(e)s clunisois(es) de ces 2 journées, Jean Mussetta fait hélas partie des 31 qui ne reviennent pas en 1945. Mais c’est seulement le 2 mai 1947 que le ministère des Anciens Combattants établit l’acte de décès de Jean Mussetta, à la date du 7 août 1944, à Hartheim, près de Mauthausen. Il fut transcrit le 7 mai 1947 à la mairie de Cluny, ville où se trouvait le dernier domicile de Jean Mussetta. Par la suite, une lettre du ministère précité en date du 19 décembre 1947 lui attribua la mention “Mort pour la France”. Jean Mussetta laissait une veuve, qui ne resta pas en contact avec la promotion de son époux, et une petite fille. Une plaque à sa mémoire fut apposée dans un amphithéâtre à l’initiative de sa promotion.

Jean Fourré (Cl 153)

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