Le scandale de obsèques du duc de la Rochefoucauld-Liancourt

Duc de Larochefoucauld-Liancourt (1747-1827)

Agé de plus de 80 ans, le duc ne se rendait que très peu souvent à la Chambre des Pairs où il siégeait. Il se rendit pourtant à Paris et monta même à la tribune de la Chambre pour s’opposer à la loi sur le droit d’aînesse qu’il jugeait contraire au devoir paternel.

Déjà fortement affaibli, le duc tomba gravement malade le 23 mars 1827 au soir. Voyant sa fin venir, il dit à ses proches avec courage : « Il faut que tout se passe, le plus naturellement possible ».

Le duc mourut à 16 h 45 le mardi 27 mars 1827 dans son hôtel de la rue Royale. Les élèves de Châlons, au recevoir de la nouvelle se précipitèrent à son hôtel afin de rendre un dernier hommage à leur père fondateur. La famille n’ayant pas prévu cette marque de reconnaissance, les élèves ne purent pas le voir.

Entourant le cercueil, les élèves de Châlons lui rendirent hommage en priant. L’office terminé, huit de ces élèves prirent le cercueil. On fit alors avancer les porteurs. On cria que la famille ne permettait pas que l’on porte le cercueil à bras et les élèves déposèrent alors le corps sur le char. La famille riposta en confirmant son souhait que les élèves portent le cercueil.

Par un ordre remis par ce même homme, qui s’est présenté par la suite comme commissaire de police, l’escorte se jeta sur les huit porteurs qui se débattaient afin de conserver le catafalque.

Malgré le souhait de la famille, les heurts ne cessèrent pas et le cercueil oscillait sur les épaules des porteurs.

Le duc de Broglie raconta : « Tout à coup, un cri perçant s’échappe de toutes les fenêtres placées au dessus du lieu de la scène ; un bruit sourd se fit entendre, c’est le cercueil qui tombe sur le pavé ». Le cercueil s’ouvrit alors et laissa le cadavre dans la boue de la rue. Les soldats relevèrent alors le cercueil du duc et ramassèrent le duc en habit de Pairs souillé par la boue ainsi que ces insignes. Le cortège poursuivit sa route jusqu’à la barrière de Clichy où Charles Dupin prononça l’éloge funèbre.

Le duc fut enterré le lendemain dans le parc de son château sur « l’Ile d’amour ».

La scène des obsèques interloqua de nombreuses personnalités et amis du duc ainsi que les 2 Chambres. A la Chambre des Pairs, le duc de Choiseul évoqua « un attentat inouï contre le respect dû à la cendre d’un de ses membres les plus vénérables » A la Chambre des députés, Casimir Perrier protesta contre « une administration qui laisse outrager ses représentants ».

Malgré une enquête demandée par les Pairs, jamais l’affaire ne fut éclaircie. Thiers, Lamartine, de Broglie, Delessert, et beaucoup d’autres encore rendirent hommage à la bonté, à la curiosité et au désir de faire servir la science au progrès social du duc.

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